• Les troubles du comportement alimentaire : anorexie et boulimie

    Les troubles du comportement alimentaire : anorexie et boulimie

    Par le Dr Nathalie Sprung, nutritionniste à Paris

    Le comportement alimentaire de chacun est bien plus qu’un simple réflexe. Au-delà du besoin de se nourrir pour répondre à un sentiment de faim, la façon dont on mange est influencée par les habitudes au quotidien. Et surtout, tout le monde est en quête d’un certain plaisir. Il arrive que le comportement alimentaire soit déréglé et divers excès sont constatés. Certains mangent trop, d’autres pas assez. Dans le jargon, il est question d’anorexie et de boulimie qui constituent des problèmes de santé à ne pas négliger.

     

    Manger pour vivre, et non pas vivre pour manger…

    D’un point de vue purement théorique, chaque être humain mange pour satisfaire une envie : la faim se manifeste, celle-ci est calmée en mangeant. Les repas se prennent, par ailleurs, à des heures bien précises : petit déjeuner, déjeuner, dîner… Du point de vue physiologique, la sensation de faim correspond à une diminution du taux de sucre dans le sang. Le corps envoie un signal qui persiste tant que cette baisse de la glycémie n’est pas comblée.

    On peut ainsi confirmer que le comportement alimentaire est dicté par l’instinct, mais seulement partiellement. Il y a aussi l’envie de ressentir un certain plaisir. Ici, la notion de satisfaction est très subjective, dépendant des habitudes de chacun et du milieu socioculturel au sein duquel on a évolué.

    En marge de la satisfaction d’un besoin physique, manger peut aussi être associé à la gourmandise. Certains mangent pour lutter contre le stress. Intervient alors une certaine impulsivité, qui n’a rien à voir avec les envies « naturels ». Il peut en résultat un dérèglement qui peut être dangereux pour la santé.

     

    Les dérives du comportement alimentaire

    Un comportement alimentaire est dit pathologique lorsqu’un individu mange trop ou pas assez. On parle alors respectivement de boulimie et d’anorexie mentale, de véritables maladies impliquant des risques à ne pas négliger chez les personnes qui en souffrent.

    L’anorexie mentale

    Quand une personne est sujette à l’anorexie mentale, elle mange très très peu, obsédée par d’hypothétiques kilos en trop. Elle souhaite rester aussi mince que possible. Dans 90 % des cas, c’est une fille (en pleine adolescence) qui est victime. Ici, l’obsession de perdre du poids coûte que coûte est associée à une perception erronée de son image corporelle. La patiente se fait une fausse idée de son physique, qui n’a rien à voir avec la réalité. Au contraire. Aussi longtemps que possible, la victime cache ses lubies alimentaires et ses souffrances à ses proches. Et lorsqu’elle a « cédé à la tentation », elle fait en sorte de vomir ou consomme des produits laxatifs pour éliminer tout excès.

    Cette maladie est grave, d’autant plus qu’il est très difficile de s’en débarrasser. Dans les cas extrêmes, l’anorexique souffre de dénutrition et en meurt. Parce que cette personne ne mange rien (sinon trop peu), les mécanismes naturels dictant la faim et la satiété sont totalement perturbés. On se retrouve alors face à des cas de maigreur pathologique avec des signes de dénutrition et de perturbations hormonales très conséquentes

    Lorsque la situation est allée trop loin, la patiente doit être admise en centre hospitalier où elle est « requinquée » via gavage. L’équipe médicale (comptant des médecins, mais aussi des psychiatres et des spécialistes de la nutrition) peuvent décider qu’elle soit séparée de sa famille. Dans tous les cas, un long traitement est mis en place et celui-ci s’étale sur une période prolongée durant laquelle le patient doit prendre du poids petit à petit. Le patient s’engage à retrouver une alimentation normale. Une psychothérapie se révèle indispensable.

    Malheureusement, le combat est ardu. Seulement dans 50 % des cas, l’anorexique parvient à reprendre le dessus. Sinon, les rechutes sont très fréquentes et pour beaucoup, l’anorexie mentale devient une maladie chronique.

     

    La boulimie

    La boulimie est à l’opposé de l’anorexie mentale. Ici, la patiente est assaillie par une envie irrépréhensible de manger. Une fois de plus, ce sont surtout des adolescentes qui sont concernées. Durant une crise, la boulimique est prise d’une folle pulsion qui la pousse à manger tout et n’importe quoi pendant un long moment (jusqu’à deux heures). Pendant ce temps, elle ne ressent aucun plaisir et mange de façon mécanique. Une fois la crise passée, la patiente est sujette à de fortes douleurs au niveau du ventre et finit par vomir tout ce qu’elle a pu ingurgiter. Certaines consomment des laxatifs pour mieux évacuer. Du fait des particularités de leur maladie, les boulimiques doivent être distinguées des personnes qui ont tendance à manger excessivement et qui prennent tellement de poids qu’elles en deviennent obèses.

    La boulimie affiche un caractère encore plus sournois : certaines patientes enchaînent les phases de crise boulimique et de restriction dans le but de compenser par rapport à leurs crises précédentes.

    Si l’on s’intéresse aux causes de ce trouble alimentaire, celles-ci sont souvent de nature psychologique. Les crises peuvent être assimilées à une envie de satisfaire une addiction, comme le ferait un fumeur ou un alcoolique. Dans tous les cas, une personne boulimique est pleinement consciente qu’elle a un problème et sollicite de son propre chef un soutien psychologique. Elle peut alors suivre une psychothérapie et il est possible qu’elle suive un traitement médicamenteux. Enfin, les chances de guérison sont excellentes, mais les risques de rechute sont aussi élevés.

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